Yoro Diallo est sûrement parmi les artistes maliens qui ont apporté une touche particulière à la musique malienne. Il occupe une place de choix parmi les précurseurs de la musique « Wassoulou ». Même s’il attend toujours une reconnaissance internationale, Yoro Diallo est un monument de la musique malienne.
Pour certains, Yoro Diallo est une virtuose du « Kamalen N’goni » et pour d’autres, il reste un compositeur et interprète à la voix chaleureuse. Mais, la réalité est que Yoro Diallo reste une référence pour les artistes musiciens maliens originaires du Wassoulou. « Parmi les artistes du Wassoulou, certains peuvent dire qu’ils ont plus de succès et de notoriété que moi. D’autres diront qu’ils sont plus fortunés que moi.
Mais, aucun d’eux ne peut honnêtement soutenir qu’il est plus talentueux que moi ou qu’il ne me doit rien », est une vérité que Yoro Diallo a assénée chez notre confrère de « Abidjan.net », comme pour dire qu’il est et qu’il reste un monument. Les fins connaisseurs de la musique malienne du wassoulou vous diront que rares sont les célébrités de ce courant musical qui résistent à la tentation de piocher dans le riche répertoire du « Cekorobani ». Autre motif de fierté pour le « Cekorobani » de la musique Wassoulou : beaucoup de jeunes sont passés par son école, notamment pour apprendre à jouer le « Kamelen N’goni ». A la question de savoir pourquoi on l’appelle « Cekorobani » ou le petit vieux, il répond sans gène que cela est dû à sa sagesse précoce. « J’ai démarré ma carrière avec des chansons pleines de sagesse et mes fans m’ont vite assimilé à un vieux sage », a-t-il déclaré. En plus de la grande sagesse dans ses chansons, il s’est imposé la mission de faire la promotion du « Kamelen N’goni », une luth traditionnelle à six cordes. Yoro Diallo ne rate aucune occasion pour rendre hommage à feu Allata Broulaye qui a donné une certaine popularité au « Kamelen N’goni », même s’il admet qu’il est celui-là même qui a été le premier à accorder le « Kamelen N’goni » aux instruments modernes.
C’est fort de cette mission de promotion du « Kamelen N’goni » à travers le monde que Yoro Diallo partira de Wassala, son village natal situé à 15 km de Yanfolila, pour se retrouver à Abidjan, non sans être passé par Bamako. Aujourd’hui, le « Cekorobani » de la musique wassoulou peut s’estimer heureux.
Le « Kamelen N’goni » est devenu un instrument presque incontournable dans la musique malienne. Instrumentiste, compositeur, arrangeur et chanteur hors pair, Yoro Diallo, n’a pas eu trop de difficultés pour s’installer dans le cœur des mélomanes maliens.
Au début des années 1990, le commun des Maliens allait le découvrir à travers son premier opus « Bèmankan ». « Mon premier album m’a lancé dans le show busines », admet volontiers « Cekorobani ». Cet album ouvrait la voie à sept autres productions discographiques dont le dernier est « Le retour de Yoro ». Parmi les œuvres de Yoro Diallo, il faut signaler qu’il a fait deux en duo avec Feu Ténin Sidibé, sa première épouse et Samba Diallo, son frère cadet. Cet artiste malien, malgré son talent apprécié, est du lot de nos artistes qui n’ont jamais bénéficié pleinement des retombées financières du succès de leurs albums.
A part, les relations et l’opportunité d’avoir parcouru plusieurs contrées du monde, Yoro Diallo attend impatiemment la disparition de la piraterie des œuvres musicales. Mais, il a sa petite idée sur le phénomène. « La fin de ce phénomène ne tient qu’aux autorités, surtout au Bureau malien du droit d’auteur (BUMDA). Si ce service se donne réellement les moyens de jouer pleinement son rôle, les pirates vont se reconvertir dans d’autres activités. Mais, il est difficile de trouver l’aiguille qu’on cache sous ses pieds... », déclare sans ambages Yoro Diakité.
Il faut simplement souhaiter beaucoup de courage à Yoro Diallo qui n’a pas encore fini d’impressionner les mélomanes maliens. Pour de nombreux observateurs de la scène malienne, si Toumani Diabaté est le roi de la « Kora », Bassékou Kouyaté, roi du « n’goni », Yoro Diallo est un génie caché et un roi caché du « kamalen n’goni » qui doit être connu à travers le monde.
Assane Koné
Le Républicain du 08 Juillet 2010.
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